Les
cathares et le catharisme
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Ce document n'est qu'une introduction aux cathares et au catharisme. En tant que professeur de français au Danemark, le sujet m'intéresse depuis longtemps, et j'ai visité beaucoup des lieux où se sont passés les événements terribles et honteux de la Croisade contre les cathares (les albigeois). Jes Lundt Hansen, novembre 2009 |
Dette domument er kun en introduktion til katharerne og katharismen. Som fransklærer i Danmark har jeg længe interesseret mig for emnet, og jeg har besøgt mange af de steder, hvor de grusomme og skammelige begivenheder fandt sted under Korstoget mod catharerne (albigenserne). |
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0
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Introduction à la société du moyen âge |
Introduktion til middelalderens samfund |
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1 |
Histoire du catharisme Les cathares, la doctrine |
Katharismens historie Katharerne, doktrinen |
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Un village, un bûcher Texte: Minerve (Aimer le pays cathare pg. 129-130) |
En landsby, et kætterbåd Minerve |
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3 |
Les gens et leur vie Texte: Anne Brenon 81-82: Dans les maisons cathares |
Folk og deres liv Anne Brenon: I katharernes huse |
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4 |
Les acteurs Texte: Raimond VII + Pierre Authié |
Aktørerne Raimond 7. + Pierre Authié |
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5 |
Les acteurs Texte: Innocent III + St. Dominique |
Aktørerne Innocents 3. + Den hellige Dominique |
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6 |
Un point de vue moderne Texte: Foi, croisade, Occitanie |
Et moderne synspunkt Tro, korstog, Occitanien |
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7 |
Texte: Mort de Simon |
Simons død |
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8 |
Vocabulaire |
Gloser, ordforråd |
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9 |
Liens et littérature |
Links og litteratur |
0. La société médiévale = féodale
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l'Eglise roi (de France, d'Aragon etc) comté, vicomté etc = seigneurs et vassaux, système de service et de protection (feus = serment de fidélité + dîme + travail dépendances + interdépendances |
Kirken, Kongen, fyrsten, greven osv = feudalt og hierarkisk system byggende på herrer og vassaller med forskellige roller:
Fyrsterne beskytter deres vassaller, som aflægger
troskabsed og må arbejde og aflevere en del af deres arbejde
(tiende).
Afhængigheden er gensidig og bestemt af Gud. |
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police? crime? les brigands... les voleurs etc les maladies, les lépreux, la mortalité
Dépendances : - la famille pour survivre + travailler, les enfants - le village, le bourg |
Der er intet politi, men mange bander og røvere (fredløse), ingen lov og orden. Der er sygdomme, pest og meget andet, dødeligheden er høj, gennemsnitsalderen lav, 30-40 år. Folk er afhængige af fysisk arbejde for at skaffe til føden, børn arbejder, opfattes som små voksne, man er afhængig af familien, landsbyen, borgen, fyrsten. |
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L'Eglise (catholique, hiérarchique, chrétiens = fidèles) ... se comprend comme opposée aux infidèles, les païens (juifs, musulmans)
Le Pape (Rome) = la tête, le chef
1179, le concile de Latran :
Il y a donc plusieurs luttes en jeu, le pouvoir spirituel contre le pouvoir temporel, et le dogmatisme de l'Eglise contre quelques mouvements chrétiens qui veulent vivre un christianisme simple et anti-institutionnel. |
Kirken (katolsk = universel) er hierarkisk og forstår sig selv i modsætning til hedningerne /de vantro (jøder og muslimer).
Paven i Rom er overhovede
Koncilet i Latran i 1179 :
Der er flere kampe på spil, den spirituelle mod den verdslige magt, og kirkens dogmatisme mod nogle kristne bevægelser, som vil leve en enkel og ikke-institutionel kristendom. |
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Le savoir, les connaissances, les pensées - pas de savoir, pas d'écoles, ni connaissances - beaucoup de peur, de superstition - la peur du diable, la peur de l'enfer |
Viden, kundskaber, tanker - stor uvidenhed, ingen viden eller skoler - megen angst og overtro - angst for især djævelen, straf, helvede |
Chronologie![]()
1171 Concile cathare à
St Félix du Lauragais
1179 le
concile du Latran III frappe d’hérésie les
cathares
1208 15 janvier le prélat Pierre de Castelnau
envoyé du Pape est assassiné. Appel du pape Innocent
III à la croisade
1209 massacre de Béziers et
prise de Carcassonne
1210 siège de Cabaret (Lastours),
Minerve et Termes
1213 bataille de Muret. Mort de Pierre II, le
roi d'Aragon
1218 Mort de Simon de Montfort au siège de
Toulouse
1224 Amaury de Montfort, le fils de Simon, est défait
et quitte le sud. Il lègue ses titres au roi de France
1229
traité de Meaux-Paris : Soumission de Raimond VII de
Toulouse
1242 meurtre des inquisiteurs à Avignonet.
Révolte avortée de Raimond VII de Toulouse
1244
chute de Montségur et bûcher le 16 mars
1255 fin
de la lutte avec la prise de Quéribus
1321 mort sur le
bûcher de Guilhem Bélibaste
1659 traité des
Pyrénées : les forteresses royales perdent leur
intérêt stratégique
La
doctrine….![]()
Le
catharisme surgit dans la Chrétienté occidentale au
milieu du XIIème siècle. Cette dissidence chrétienne
médiévale réclame, comme d’autres
mouvements de son temps, le retour au modèle d’Eglise
primitive des premiers temps du Christianisme. Elle condamne l’Eglise
romaine et sa hiérarchie au prétexte de ce qu’elles
ne respecteraient pas l’idéal de vie et de pauvreté
du Christ.
Sous des noms différents, des communautés
de cathares sont attestées à travers toute l’Europe,
mais c’est dans le Midi de la France et dans les cités
du nord et du centre de l’Italie que le catharisme connaît
l’accueil le plus favorable et le plus durable.
Aux yeux
de l’Eglise romaine, les
cathares représentaient un danger bien pire que les infidèles
(juifs et musulmans), car, tout en étant chrétiens, ils
interprétaient différemment les Ecritures et refusaient
la doctrine des sept sacrements.
Leur croyance était basée
sur l’existence de deux mondes, l’un bon et l’autre
mauvais. Le premier, le monde invisible dont les créatures
sont éternelles, résulte de la création de Dieu
le Père ; le second, le monde visible et corruptible, est
l’œuvre du Diable. Introduits dans des corps de chair
fabriqués par le Diable, des anges déchus sont devenus
les âmes des hommes et des femmes.
Pour les cathares, le
christ est uniquement l’envoyé du Père venu
porter le message du salut aux hommes. Il n’est pas comme chez
les catholiques le rédempteur de tous les péchés.
Du coup, les cathares ne conservent qu’un seul sacrement, celui
du consolamentum
(consolation) ou baptême d’imposition des mains pratiqué
par le Christ, le seul à apporter le Salut.
Les
évènements qui ont conduit à la disparition des
cathares du Midi…![]()
Comme
d’autres mouvements dissidents ou contestataires contemporains,
« l’hérésie des bons hommes »
condamnée par la Papauté, devient la cible des clercs
catholiques, d’abord les cisterciens
(le futur saint Bernard vient les combattre dans le Toulousain dès
1145), puis, au XIIIème siècle, des ordres
mendiants (Dominicains
et Franciscains).
Ne parvenant pas à les convaincre
d’abandonner leurs croyances par le seul usage de la
prédication, la papauté décide en 1209 de
déclencher contre les cathares du Midi, la première
croisade organisée en terre chrétienne contre les
hérétiques et ceux qui les soutiennent. Ce
sera la Croisade contre les Albigeois.
Le
roi de France en 1209 ne veut pas se lancer dans l’aventure
mais 300 000 barons et chevaliers du Nord, accompagnés de
valets et d’hommes de main sont réunis à Lyon
attiré par les richesses du Midi. Suite au siège de
Carcassonne, Simon de Montfort est nommé chef de la croisade.
Puis à partir de 1226, Louis VIII qui a succédé
à Philippe-Auguste sur le trône de France s’engage
dans la croisade.
Ce conflit dura vingt ans et provoqua la
transformation de l’échiquier politique du midi de la
France (avec le rattachement des sénéchaussées
de Carcassonne et Beaucaire au domaine du Roi de France et la
soumission au roi du comte Raymond VII de Toulouse).
En 1233,
l’Eglise adopte une autre stratégie et met en place une
nouvelle institution judiciaire confiée aux Dominicains :
l’Inquisition.
Les enquêtes menées tout au long du XIIIème
siècle et au début du XIVème siècle par
les inquisiteurs vont sérieusement réduire le nombre de
cathares dans le Midi.
Véritable épilogue de la
Croisade contre les Albigeois, la campagne militaire contre
Montségur,
siège de l’évêché cathare du
toulousain marque un tournant dans la répression contre le
catharisme. La reddition de la forteresse le 15 Mars 1244 se solde
par la disparition du principal refuge de la hiérarchie
cathare.
L’arrestation des parfaits Pierre et Jacques Authié
en 1308 marque la fin de l’hérésie en Languedoc.
Le bûcher du dernier parfait connu Guihlem Bélibaste en
1321 à Villerouge Termenès, château de
l’archevêque de Narbonne, met un terme quasi définitif
à l’histoire du catharisme dans le Midi.
Dans le paysage desséché des gorges de la Cesse, que la nature a paré de deux ponts naturels, Minerve apparaît telle une oasis dans un désert. Entouré de profonds canyons, le village, encore aujourd'hui, semble inaccessible. En juin 1210, les Narbonnais demandèrent à Montfort d'investir le « nid d'hérétiques » de Minerve, pour des raisons fort peu catholiques : les vins du Minervois concurrençaient ceux de Narbonne. Montfort, accompagné du vicomte Aimery et du simoniaque archevêque de Narbonne, escorté d'une puissante armée (1 000 à 7 000 hommes) renforcée par les Gascons de l'archevêque d'Auch, encercla la citadelle. Imprenable d'assaut, Minerve fut bombardée par quatre catapultes dont la plus puissante, la Malvoisine, détruisit l'unique puits du village. Le 27 juin, à la nuit, un commando de Minervois parvint à y mettre le feu, mais les dégâts furent minimes. Écrasés par les boulets, brûlés par le soleil, privés d'eau, les Minervois n'avaient que la reddition comme seule issue. Le vicomte Guillaume de Minerve tenta de négocier avec Montfort. Celui-ci se serait volontiers montré clément (une fois n'est pas coutume), mais le diabolique Arnaud-Amaury, chef spirituel de la croisade, en décida autrement. Tous ceux qui n'abjureraient pas seraient brûlés. L'abbé Guy des Vaux de Cernay se rendit dans les « maisons » des parfaits et des parfaites et essaya, semble-t-il sincèrement, de les convaincre d'abjurer, mais il lui fut répondu que « ni la mort ni la vie ne pourront nous arracher à la foi à laquelle nous sommes attachés ».
Montfort, lui-même, entreprit la même démarche mais sans succès. Seules trois femmes finirent par accepter de se « réconcilier avec l'Église ». Le 22 juillet 1210, un an après Béziers, un bûcher fut dressé dans le lit à sec de la rivière. Cent quarante parfaits et parfaites se précipitèrent d'eux-mêmes dans les flammes. Ce fut le premier bûcher de la Grande Croisade.
Enfermé dans son site en forme de presqu'île, le minuscule village de Minerve a conservé un caractère authentiquement médiéval. Les maigres restes de son château, la « candéla », dressés au-dessus du vide, rappellent le drame qui s'y est joué. En parcourant les ruelles, on découvre les restes de la double enceinte et de quelques tours, une porte frappée de la croix des Templiers, dite « de la maison des parfaits », le puits Saint-Rustique, détruit par Montfort. L'église Saint-Etienne (Xle-XIIe) est encore celle qui fut « purifiée » à l'arrivée des croisés. A l'intérieur, on découvre le plus vieil autel de France, daté de 456. Devant l'église, un monument moderne, un monolithe percé d'une colombe, est dédié aux victimes du bûcher.


3. Dans les maisons cathares (Anne Brenon).
Si nous considérons le laboratoire d'expérience pratique du christianisme cathare que constitua l'Occitanie entre la fin du XIIe siècle et le début du XIIIe, à travers la fenêtre ouverte par l'abondante documentation inquisitoriale, nous y voyons les Bonnes Femmes à l'œuvre dans leurs maisons. Ces maisons sont établissements religieux, mais parfois maisons privées dans laquelle l'ancienne mère, l'ancienne épouse, désormais consacrée à Dieu et à l'Evangile, mène sa vie communautaire avec une ou deux compagnes tout en continuant d'y élever ses plus jeunes enfants. Séparée de droit et de fait de son ancien époux — si elle n'est pas veuve — elle observe bien entendu son vœu de chasteté de manière aussi absolue que ses autres engagements religieux, ce qui ne l'empêche pas de garder avec lui — même si lui aussi s'est fait bon chrétien — des relations amicales.
Les maisons cathares — maisons de femmes et maisons d'hommes — tendent à s'organiser et à créer un réseau religieux à travers les bourgades. Les femmes ou jeunes filles appelées par une vocation y sont reçues, conseillées, aiguillées vers celles des maisons qui dispensent un enseignement et préparent à l'ordination. Bon nombre de fillettes sont élevées en maison religieuse par une grand'mère ou une tante Bonne Chrétienne ; certaines reçoivent très tôt le consolament ; la plupart quitteront ensuite la maison et les ordres pour se marier.
Les communautés sont organisées sous l'autorité d'une prieure ou supérieure. La plupart des maisons ressemblent en fait plutôt à des ateliers, où les Bonnes Femmes travaillent de leurs mains en récitant les prières rituelles. Elles font aussi figure d'hospice, où les religieuses cathares tiennent table ouverte et reçoivent les nécessiteux. Certaines maisons sont vouées à l'accueil des malades, qui viennent y faire leur bonne fin dans les mains des Bons Hommes — soignés par les Bonnes Femmes quand, du moins, il s'agit de femmes. Du temps de la clandestinité, les dernières Bonnes Femmes payèrent la protection de leurs fidèles en filant inlassablement pour eux le lin ou la laine au fond de leurs cachettes...
4. Les acteurs
RAIMOND VII
le dernier prince occitan
Fils de Raimond VI et de Jeanne d'Angleterre, sœur des rois Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre, le jeune comte, héros de la Chanson de la croisade de Guillaume de Tudèle, se révèle très tôt un vaillant capitaine et un bon stratège. Après la mort de son père, en 1221, c'est lui qui achève la reconquête des possessions toulousaines et accueille la réorganisation des communautés cathares après la tourmente de la guerre et des bûchers. Ébranlé par la croisade royale de 1226, puis par les guerres de Cabaret et de Limoux, qui ont raison de la résistance de ses vassaux, Raimond VII accepte à Meaux et ratifie à Paris en 1229 un traité qui lui accorde des places en Lauragais et ampute ses possessions du marquisat de Provence et du Languedoc oriental. Mais, surtout, il engage aussi définitivement l'avenir du comté de Toulouse, puisqu'il reconnaît comme sa seule héritière sa fille unique Jeanne et le futur mari de cette dernière, Alphonse de Poitiers, jeune frère de Louis IX. À sa mort, en 1249, il n'a pu ni s'opposer à la prise de Montségur (1244), ni briser le caractère inéluctable du traité de Paris. En 1271, Toulouse devient sénéchaussée royale de France.
Pierre
AUTHIE
l'âme du réveil
Après la chute de Montségur et le démantèlement des Églises cathares occitanes, la seconde moitié du XIIIe siècle vit les derniers bons hommes errants tenter d'échapper aux agents de l'Inquisition dans une clandestinité sans espoir. C'est alors que la vocation d'un grand personnage, Pierre Authié, notaire d'Ax et familier du comte Roger Bernard de Foix, provoqua un réveil inattendu de la foi cathare entre Pyrénées et Quercy. Vers 1296, lorsqu'il partit, déjà âgé, pour l'Italie avec son frère Guilhem, notaire comme lui, afin de recevoir l'enseignement et l'ordination de l'Église occitane de l'exil, il abandonnait une situation bien assise - notaire comtal de Foix, c'est lui qui avait notamment établi l'acte de paréage d'Andorre -, des biens confortables, une épouse et des enfants légitimes. Vers la Noël 1299, Pierre et Guilhem réapparurent entre Tarascon et Ax, bons hommes ordonnés parmi une poignée d'exilés qui rentraient au pays pour tenter de le réévangéliser. Ils faillirent bien réussir, en réactivant les vieux réseaux de la résistance populaire cathare. Par petites équipes de deux, les prédicateurs clandestins s'attachèrent à la reconquête des consciences entre Toulousain et haut comté de Foix. Jacques Authié fut brûlé à Carcassonne en mars 1309, son oncle Guilhem Authié à la fin de la même année. La longue traque de Pierre Authié s'acheva en août 1309 dans une ferme de Lomagne où il était caché par des croyants vaudois. Longuement interrogé par Bernard Gui, il reçut sentence devant la cathédrale de Toulouse, le 9 avril 1310. Le lendemain, avant de monter sur le bûcher, il déclara que, si on le laissait encore prêcher à la foule qui était là, il la convertirait tout entière à sa foi.
5.
Les acteurs
St DOMINIQUE
et ses prêcheurs
Né en Castille vers 1170, prêtre et chanoine d'Osma, Dominique de Guzmân se révèle en Languedoc vers 1206, lorsqu'il entreprend, avec son évêque Diègue, d'assister le légat du pape, Pierre de Castelnau, et les prédicateurs cisterciens, Arnaut Amaury et Raoul de Fontfroide, dans leur action, qu'il juge peu efficace, contre l'hérésie. Il choisit de combattre les prédicateurs cathares avec leurs propres armes, adoptant leur modèle de pauvreté apostolique.
C'est l'origine de l'ordre mendiant des frères prêcheurs ou dominicains. En décembre 1206, Dominique fonde l'établissement de Prouille, sous Fanjeaux, à l'intention des femmes hérétiques qu'il pourrait convertir. L'irruption de la croisade signifie l'échec de son entreprise de conversion par la persuasion, qui commençait à peine à porter ses fruits. À sa mort, en 1221, l'ordre est déjà partout présent en Europe, relayant Cîteaux comme fer de lance de l'Église. En 1233, la papauté charge les dominicains, avec les franciscains, de diriger l'Inquisition. Dès l'année suivante, Dominique est canonisé.
INNOCENT III
le
chef de l'Europe
Né
vers 1160 d'une famille de l'aristocratie italienne,
Lothaire Conti fait comme il se doit ses études de théologie
à Paris
et de droit à Bologne. Il est élu pape en janvier
1198.
Affirmant
la plénitude du pouvoir du Saint-Siège sur les
monarchies laïques, s'affirmant lui-même vicaire de Dieu
sur terre, il entreprend aussitôt
de faire triompher ses conceptions de théocratie
pontificale.
Contre
les infidèles, d'abord, il s'attache à relancer la
croisade pour reprendre Jérusalem, mais perd très vite
le contrôle de l'entreprise : la 4e
croisade se termine par un cuisant échec. Innocent III
soutiendra
avec plus de bonheur la reconquista
contre
les maures d'Espagne de
son vassal Pierre le Catholique, roi d'Aragon.
Contre
les hérétiques,
il promulgue dès 1199 la décrétale Vergentis
in senium, arme
absolue de la répression morale et physique et sûr
ferment de l'Inquisition. En Languedoc, il délègue à
une vaste mission cistercienne,
dirigée par trois légats, la charge de la réfutation
et du combat
contre l'hérésie. L'assassinat d'un de ses légats,
en 1208, lui permet
de lever une croisade contre les protecteurs d'hérétiques
: comte
de Toulouse et vicomte Trencavel - malgré les réticences
du roi
de France Philippe Auguste. Sa grande œuvre sera le concile
du
Latran
de 1215,
qui donne à la chrétienté son organisation
absolue.
II meurt à Pérouse en 1216, sans avoir réussi à lancer vers la Terre sainte la nouvelle croisade qu'il souhaitait..
6. Un point de vue moderne

Foi, croisade - et Occitanie
Dans une longue interview, Michel Roquebert, historien, philosophe et auteur de nombreux livres sur le catharisme, donne son éclairage, à la lumière de 35 années consacrées à ce thème, sur les origines du catharisme, les raisons de son développement en Languedoc et les impacts réels de la croisade sur la société des pays d'oc.
PM : Quelles sont les origines tant géographiques que sociologiques du catharisme ?
Michel Roquebert : II y a un grand débat pour savoir si l'on peut unifier sous un même nom un ensemble de courants contestataires qui ont balayé l'Europe, des Balkans à l'Angleterre, entre 950 et 1321, date du dernier bûcher de parfaits en Languedoc. Pour qu'il y ait contestation, il faut qu'il y ait crise. La contestation portait sur plusieurs points, dont ce que l'on se doit d'appeler les "abus d'autorité de l'Église" et abus de tutelle d'ordre économique. Contestation donc de ce pouvoir temporel de l'Église, énorme institution, qui était en ce temps le plus grand propriétaire terrien et exerçait de fait de fortes tutelles économiques, comme la dîme ou le travail servile.
PM : L'hérésie n'aurait donc que des origines économiques ?
MR : Non, il y a d'autres champs contestataires, en particulier ceux concernant les mœurs de l'Église. "Voilà des gens qui prêchent un message auquel de toute évidence ils ne croient pas ; il n'y a qu'à voir comment ils vivent", se disait-on. Je schématise mais indéniablement, les mauvaises mœurs du haut clergé, qui avait beaucoup d'argent et se permettait tout, ainsi que celles du bas clergé, maintenu dans une misère matérielle et morale telle que bien des curés de campagne étaient de malheureuses ganaches, ont favorisé l'hérésie. On a de cela la contre-preuve car, pour parler des cathares occitans, la société des croyants les appelait les bons hommes et les bonnes femmes. On parlait de bonne Église. C'est attesté des centaines de fois, même devant l'Inquisition. Cela montre bien que dans la tête des gens, je ne dis pas objectivement, il y avait une mauvaise Église puisque celle des cathares était la bonne !

7.
Mort de Simon
Voilà que de la ville on amène un pierrier
Qui était de Saint-Sernin, fait par un charpentier.
Le manœuvrent des femmes et des filles mariées.
La pierre vint tout droit, frappa là où il le fallait,
Sur la tête du comte, sur son heaume d'acier.
Si fort que les yeux, la cervelle et le front sont brisés.
Le comte est tombé mort, pâle et ensanglanté !
Son corps est recouvert par une cape bleue.
Et les Français gémissent et le pleurent et l'emportent.
Aussitôt dans la ville entra un messager
Avec cette nouvelle, et la joie d'éclater.
De par toute la ville on court vers les moutiers
Pour allumer des cierges dans tous les chandeliers.
On crie vive la joie ! Paratge va renaître !
Ce comte qui aimait le sang est mort sans confession
Car il était mauvais.
Alors les trompes et les cors, clair et fort vont sonner
Et l'on rit et l'on danse sur les places pavées !
Au moutier Saint-Nazaire, là-bas à Carcassonne,
ils vont l'ensevelir.
Dans l'épitaphe est dit pour celui qui sait lire
Qu'il doit ressusciter, qu'il est saint et martyr
Et porter la couronne et au ciel resplendir.
Moi j'ai entendu dire que s'il en est ainsi
Si en tuant des hommes, en faisant des tueries
En massacrant la mère, en massacrant son fils
Quelqu'un peut ici-bas conquérir Jésus-Christ
Qu'il porte alors couronne et au ciel resplendisse !
Simon est mort à l'entrée de l'été ; la justice et le droit finissent par triompher
Je vais rester encore auprès du comte de Toulouse et je finirai ma chanson, puis je la chanterai jusqu'à ce que nous soyons à jamais libérés des Français et des clercs et de tous leurs routiers.
Paratge et joie vont renaître et puis le temps d'aimer refleurir. Gloire au peuple de Toulouse ! Paratge !
8. Vocabulaire :
|
affrontement armé |
m |
væbnet opgør |
|
albigeois |
m |
albigenser (cf. byen Albi), også om katharer |
|
archipel |
m |
øgruppe |
|
ascétique |
adj |
asketisk |
|
autonomie |
f |
autonomi = selvstændighed, uafhængighed |
|
baptême |
m |
dåb |
|
bon(ne) chrétien(ne) |
m (f) |
god kristen = katharer |
|
bûcher |
m |
kætterbål |
|
cathare |
m/f |
katharer, katharisk |
|
chevalier faydit |
m |
besiddelsesløs ridder |
|
clergé |
m |
præsteskab |
|
concile |
m |
koncil = kirkens højeste forsamling og myndighed |
|
consolament |
m |
katharernes dåb og indvielse |
|
conspuer |
vb |
håne, hysse ud |
|
création |
f |
skabelse, skaberværk |
|
croisade, croisé |
f, m |
korstog, korstogsridder eller -deltager |
|
dualiste, dualisme |
adj, m |
dualistisk, dualisme |
|
égalité des sexes |
f |
lighed mellem kønnene |
|
empreinte |
f |
aftryk, spor, præg |
|
éternel |
adj |
evig |
|
être soumis à |
vb urm |
være underlagt |
|
évêchée, évêque |
f, m |
bispedømme, biskop |
|
excommunier |
vb |
lyse i band, bandlyse |
|
hérésie |
f |
heresi, kætteri |
|
la bonne création |
f |
det gode skaberværk = ånd og sjæl |
|
langage |
m |
sprog, sprogbrug |
|
légat |
m |
legat, pavelig udsending |
|
les bons hommes les bonnes femmes |
m f |
= katharerne |
|
les saints évangiles |
m |
de hellige evangelier |
|
matériel |
adj |
materiel, fysisk, legemlig, materialistisk |
|
médiéval, -aux |
adj |
middelalderlig |
|
orthodoxie |
f |
ortodoksi, rettroenhed |
|
paratge |
m |
occitan = la vraie noblesse, celle du coeur |
|
pécheur, pécher |
m |
synder, at synde |
|
pénitence |
f |
bod, anger |
|
prêcher |
vb |
prædike |
|
prétexte |
m |
påskud |
|
prôner |
vb |
lovprise |
|
prospérité |
f |
velstand, rigdom |
|
Rome |
|
paven, den katolske kirke |
|
s'opposer à |
vb |
være imod, modsætte sig |
|
sacrement |
m |
sakramente |
|
saper |
vb |
undergrave |
|
seigneur |
m |
(feudal) herre(mand), lensgreve o.l. |
|
serment de fidélité |
m |
troskabsed |
|
siège |
m |
belejring |
|
société féodale |
f |
feudalsamfund |
|
spirituel |
adj |
åndelig, spirituel |
|
supplice |
m |
lidelse, smerte, pine |
|
temporel |
adj |
verdslig, temporær, midlertidig |
|
vassal, -aux |
m |
lensmand, vassal |
|
vestige |
m |
rester, spor |
9. Liens et littérature :
http://www.jltekst.dk/website/fransk/cathares.html
Site de Jes Lundt, page sur les cathares et le catharisme, images et liens...
Portail de l'organisation en Languedoc-Roussillon, site très compréhensif...
http://www.carcassonne.culture.fr/
Visite virtuelle de la Cité de Carcassonne
http://www.jeslundt.dk/index.php?/category/46
Gallerie de photos de la Cité de Carcassonne
http://www.jltekst.dk/gallery/pays_cathare/album/index.html
Gallerie de photos du pays cathare
http://www.gadal-catharisme.org/introduction_1_fr.htm
Site consacré à Antonin Gadal, historien et chercheur passionné...
Histoire du catharisme,
http://www.payscathare.org/1-6272-HISTOIRE-DU-CATHARISME.php
Minerve, le premier bûcher – extrait de ”Aimer le pays cathare” pg. 129-130, Éditions Ouest-France 1992
Magazine Pyrénées Spécial Cathares, été 2001:
Foi, croisade et Occitanie – interview avec Michel Roquebert
Les acteurs du catharisme - Magazine Pyrénées Spécial Cathares, été 2001: Raymond VII, Pierre Authié, Innocent III, St. Dominique
Mort de Simon, dessin + texte
Dans les maisons cathares – extrait de Anne Brenon: ”Petit précis de catharisme”, Loubatières 1998